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le jugement « bon » n’émane nullementde ceux à qui on a prodigué la « bonté » ! Ce sont bien plutôt
les « bons » eux-mêmes, c’est-à-dire les hommes de
distinction, les puissants, ceux qui sont supérieurs par leur
situation et leur élévation d’âme qui se sont eux-mêmes
considérés comme « bons », qui ont jugé leurs actions
« bonnes », c’est-à-dire de premier ordre, établissant cette
taxation par opposition à tout ce qui était bas, mesquin,
vulgaire et populacier. C’est du haut de c e
sentiment de la
distance qu’ils se sont arrogé le droit de créer des valeurs et de
les déterminer : que leur importait l’utilité ! Le point de vue
utilitaire est tout ce qu’il y a de plus étranger et d’inapplicable
au regard d’une source vive et jaillissante de suprêmes
évaluations, qui établissent et espacent les rangs : ici le
sentiment est précisément parvenu à l’opposé de cette froideur
qui est la condition de toute prudence intéressée, de tout calcul
d’utilité — et cela, non pas pour une seule fois, pour une heure
d’exception, mais pour toujours. 
La conscience de la
supériorité et de la distance, je le répète, le sentiment général,
fondamental, durable et dominant d’une race supérieure et
régnante, en opposition avec une race inférieure, avec un « basfond humain » — voilà l’origine de l’antithèse entre « bon » et
« mauvais ».-------------------------------------
5.En ce qui concerne notre problème qui peut être appelé, à
bon droit, un problème
intime et qui, de propos délibéré, ne
s’adresse qu’à l’oreille du petit nombre, il est du plus haut
intérêt d’établir que, fréquemment encore, à travers les mots et
l e s racines qui signifient « bon », transparaît la nuance
principale grâce à laquelle les « nobles » se sentaient hommes

d’un rang supérieur. Il est vrai que, peut-être dans la plupart
des cas, ils tirent simplement leur nom de la supériorité de leur
puissance (soit « les puissants », les maîtres », « les chefs »),
ou des signes extérieurs de cette supériorité, par exemple « les
riches », « les possesseurs » (tel est le sens de
arya
, sens qui se
retrouve dans le groupe éranien et slave)
. Pourtant, parfois un
trait typique du caractère détermine l’appellation, et c’est le
cas qui nous intéresse ici. Ils se nomment par exemple « les
véridiques » : et c’est en premier lieu la noblesse grecque qui
se désigne ainsi par la bouche du poète mégarien Théogonis. Le
m o t
ἐσθλός, formé à cet usage, signifie d’après sa racine
quelqu’un qui
est
, qui a de la réalité, qui est réel, qui est vrai ;
puis, par une modification subjective, le vrai devient le
véridique : à cette phase de la transformation de l’idée nous
voyons le terme qui l’exprime devenir le mot d’ordre et le
signe de ralliement de la noblesse, prendre absolument le sens
de « noble », par opposition à l’homme « menteur » du
commun, tel que Théogonis le conçoit et le dépeint,
— jusqu’à
ce qu’enfin, après le déclin de la noblesse, le mot ne désigne
plus que la
noblesse d’âme et prenne, en même temps, le sens
de quelque chose de mûri et d’adouci. Le mot de
κακός comme
celui de
δειλός (qui désigne le plébéien par opposition à
l’
ἀγαθός) souligne la lâcheté : voilà qui indiquera peut-être
dans quelle direction il faut chercher l’étymologie du mot
ἀγαθός, qu’on peut interpréter de plusieurs manières. Le latin malus (que je mets en regard de μέλας, noir) pourrait avoir
désigné l’homme du commun d’après sa couleur foncée, et
surtout d’après ses cheveux noirs (
hic niger est), l’autochtone
pré-aryen du sol italique se distinguant le plus clairement par
sa couleur sombre de la race dominante, de la race des

conquérants aryens aux cheveux blonds. Du moins le gaëlique
m’a fourni une indication absolument similaire : — c’est le
mot
fin (par exemple dans Fin-Gal), le terme distinctif de la
noblesse, en dernière analyse le bon, le noble, le pur, signifiait
à l’origine : la tête blonde, en opposition à l’autochtone foncé
aux cheveux noirs
. Les Celtes, soit dit en passant, étaient une
race absolument blonde ; quant à ces zones de populations aux
cheveux essentiellement foncés que l’on remarque sur les
cartes ethnographiques de l’Allemagne faites avec quelque
soin, on a tort de les attribuer à une origine celtique et à un
mélange de sang celte, comme fait encore Virchow : c’est
plutôt la population
pré-aryenne de l’Allemagne qui perce dans
ces régions. (La même observation s’applique à presque toute
l’Europe : en fait, la race soumise a fini par y reprendre la
prépondérance, avec sa couleur, la forme raccourcie du crâne et
peut-être même les instincts intellectuels et sociaux : — qui
nous garantit que la démocratie moderne, l’anarchisme encore
plus moderne et surtout cette tendance à la
Commune, à la
forme sociale la plus primitive, chère aujourd’hui à tous les
socialistes d’Europe, ne soient pas, dans l’essence, un
monstrueux effet d’
atavisme — et que la race des conquérants et des maîtres, celle des aryens, ne soit pas en train de succomber même physiologiquement ?…) Je crois pouvoir interpréter le latin bonus par « le guerrier » : en supposant qu’avec raison je ramène bonus à sa forme plus ancienne deduonus (comparez : bellum = duellum = duen-lum, où ceduonus me paraît être conservé). D’après cela, le bonus serait
l’homme du duel, de la dispute (
duo), le guerrier : on voit donc
ce qui constituait la « bonté » d’un homme de la Rome antique.
Notre mot allemand
gut (bon) lui-même ne devait-il pas
signifier d e r Göttliche (le divin), l’homme d’extraction
divine ? Et ne serait-il pas synonyme de
Goth, le nom d’un
peuple, mais primitivement d’une noblesse seulement ? Les
raisons en faveur de cette hypothèse ne peuvent être exposées
ici. —

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